Publié le 21 déc. 2012
Revue de l’année 2012 d’Équiterre
Progrès au Québec, le Canada reste dernier de classe à l’international
Montréal, 21 décembre 2012 – Équiterre dresse le bilan des évènements environnementaux marquants de l’année 2012.
Alors que plusieurs dossiers écologiques ont progressé au Québec,
Ottawa a amputé les lois environnementales canadiennes, et a maintenu
notre piètre réputation à l’échelle internationale.
Progression des dossiers environnementaux au Québec
Le Jour de la Terre : Un taux de participation sans précédent
Résultat de plusieurs années de sensibilisation et de mobilisation faite
par des groupes tel qu’Équiterre, les Québécois ont démontré une fois
de plus l’importance qu’ils accordent à la protection de
l’environnement. Le 22 avril dernier, à l’occasion du Jour de la Terre,
quelque 300 000 citoyens et citoyennes sont descendus dans les rues de
Montréal. Ce fut la plus grande manifestation du genre de l’histoire du
Québec et du Canada.
Consensus politique québécois en matière des changements climatiques
Lors du dévoilement du budget 2012–2013 au printemps dernier, le
gouvernement du Québec a annoncé des investissements de 2,7 milliards de
dollars dans le plan d’action sur les changements climatiques
2013–2020. Au mois de décembre, le nouveau gouvernement a poursuivi
l’œuvre du dernier en adoptant le décret qui fera du Québec la première
juridiction en Amérique du Nord avec la Californie à mettre en œuvre un
marché du carbone.
Le consensus politique québécois sur les changements climatiques
s’est d’ailleurs confirmé lors des élections. Les six principaux partis
se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre et
appuyaient ces engagements sur des cibles précises et ambitieuses.
Fermeture de Gentilly-2
À la suite des élections, le gouvernement du Québec a rapidement pris
position sur un enjeu énergétique majeur en annonçant la fermeture d’ici
la fin de l’année du seul réacteur nucléaire au Québec, Gentilly-2,
situé à Bécancour. Cette décision ouvre la porte à une stratégie
d’efficacité énergétique plus agressive.
Sables bitumineux, inquiétude des citoyens
À l’échelle canadienne et même nord-américaine, les sables bitumineux
ont continué à soulever les inquiétudes des citoyens et
environnementalistes. Des dizaines de milliers de personnes se sont
mobilisés contre des projets de pipelines pour acheminer ce pétrole vers
l’ouest, le sud et maintenant vers l’est. Le gouvernement fédéral a
pris position résolument en faveur de ce pétrole sale qui émet pourtant
80% fois plus de GES que le pétrole conventionnel.
Au mois de février, la Cour du Québec a donné raison à Équiterre et a
temporairement mis fin aux activités des compagnies pétrolières qui
cherchent à acheminer du sable bitumineux brut à destination des marchés
étrangers à travers le Québec. La Cour maintient sa décision de
contraindre Pipe-Lines Montréal ltée à respecter la protection des
terres agricoles de Dunham où la compagnie veut installer une nouvelle
station de pompage.
Au printemps, la société Enbridge s’est adressée quant à elle, à
l’Office national de l’énergie (ONÉ) en vue d’obtenir l’autorisation
d’inverser le sens d’écoulement du pétrole dans la section 9 du pipeline
entre Sarnia et Westover. Enbridge souhaite également augmenter la
capacité de ce pipeline et transporter ainsi du pétrole brut lourd. La
compagnie affirme que ce projet d’inversion de flux a pour but de
répondre aux besoins de carburant de l’est du Canada.
Le projet a été approuvé en juillet, mais en octobre, de nouveaux
renseignements obtenus en vertu de l’« US Freedom of Information Act »
(loi sur l’accès à l’information en vigueur aux États-Unis) ont révélé
que l’intention de la compagnie est – et a toujours été – d’exporter du
pétrole issu des sables bitumineux bruts aux États-Unis.
Le mois de novembre s’est terminé par une demande officielle
d’Enbridge à l’ONÉ pour inverser le flux, augmenter le volume
d’écoulement et transporter du pétrole brut lourd dans la section 9 du
pipeline qui relie North Westover, en Ontario, à Montréal. Cette demande
pourrait ouvrir la porte à l’acheminement de pétrole brut lourd extrait
des sables bitumineux de l’Alberta à destination des États-Unis et
d’autres marchés étrangers à travers l’Ontario et le Québec. Ceci
exposerait les résidents à un risque accru de déversements et menacerait
d’anéantir les efforts du Québec pour réduire ses émissions de gaz à
effet de serres responsables des changements climatiques.
Ottawa fait reculer drastiquement le Canada au niveau environnemental
Adoption des lois C-45 et C-38 du gouvernement Harper afin de faciliter les grands projets miniers et pétroliers
Adoption des lois C-45 et C-38 du gouvernement Harper afin de faciliter les grands projets miniers et pétroliers.
Malgré l’opposition des groupes sociaux et environnementaux de partout
au pays, la loi omnibus sur le budget, la loi C-38, a été adoptée en
juin par le gouvernement fédéral. Plus du tiers des amendements touchent
des lois sur l’environnement. Ce mastodonte législatif – qui compte
plus de 400 pages divisées en quelque 753 sections – a abrogé la Loi de
mise en œuvre du Protocole de Kyoto, démantelé la Table ronde nationale
sur l’environnement et l’économie et a fixé des échéanciers arbitraires
de deux ans ou moins pour réaliser l’examen des projets de pipelines,
quelle que soit leur complexité ou leur taille. Cet automne, un second
projet de loi omnibus sur le budget, la loi C-45, a amené des
modifications additionnelles affaiblissant les lois sur les évaluations
environnementales, compromettant l’eau, l’air et la qualité de vie des
citoyens.
Lente évolution des discussions internationales
Rio+20
En dépit des objections du Canada, les discussions internationales ont
progressé en 2012, bien que très lentement. Au mois de juin, les
dirigeants mondiaux se sont réunis à la Conférence des Nations unies sur
le développement durable tenue à Rio de Janeiro (Rio+20) afin de
délibérer au sujet des grands enjeux sociaux et environnementaux de la
planète. Cette rencontre qui se tient une fois par décennie n’a pas
donné lieu à de nouveaux engagements, mais a tout de même permis aux
pays de réitérer leurs engagements précédents, comme la réduction des
subventions aux énergies fossiles.
Convention-Cadre des Nations unies à Doha, Qatar : très peu de progrès
Six mois plus tard, les négociations sur les changements climatiques se
sont poursuivies lors de la conférence de l’ONU sur le climat (COP18/
CMP8) tenue cette année à Doha, au Qatar. Le seul fait que ces
négociations se poursuivent sans interruption depuis maintenant 18 ans
est une victoire du point de vue diplomatique. Les progrès lors de la
rencontre de Doha ont été timides, mais devant les manœuvres rétrogrades
du Canada et de ses alliés, ces progrès sont tout de même les
bienvenues…
À surveiller en 2013
En 2013, Équiterre continuera de surveiller la compagnie Enbridge et
ses efforts soutenus pour faire transiter du sable bitumineux polluant
par le Québec. Équiterre demande au gouvernement du Québec de tenir une
consultation publique pour évaluer ce projet et l’étudier en profondeur.
L’organisation demandera également au gouvernement du Québec de
dévoiler son plan qu’il prévoit mettre en application afin d’atteindre
ses objectifs de réduction de dépendance au pétrole de 30 % d’ici 2020
et de 60 % d’ici 2030.
De plus, l’organisation continuera de réclamer du gouvernement du
Québec l’interdiction de l’usage des pesticides à des fins esthétiques.
Si vous désirez obtenir plus d’information sur les réactions
d’Équiterre en 2012 sur ces différents dossiers, consultez les
communiqués de presse suivants :
Pour information:
Loïc Dehoux, Équiterre
514 605 2000